Ce texte, parce que j’ai une croyance : celle que toute transformation collective ne passe que par une transformation individuelle.

Un virus aurait-il aussi le pouvoir de nous soigner ?

Je m’effraie moi-même en écrivant cette phrase !

Depuis le début de cette épidémie je ne cesse de me demander, comme beaucoup d’autres: que se passe-t-il vraiment ? Des centaines de milliers de personnes meurent chaque année dans le monde, de maladies mal soignées, de famines, de guerres entretenues, de pauvreté, de manque de solidarité. Jamais je n’ai assisté à une telle couverture médiatique, à de tels efforts individuels, à de telles mobilisations et de telles immobilisations.

Dans mon métier de comédienne et de thérapeute le masque est  un objet qui  permet à l’intime de se manifester, de rendre visible ce qui est caché. Alors que vient me révéler, ce masque d’une autre nature, et qui fait la une de notre quotidien?

J’assiste à tellement de peurs, peur de l’inconnu, peur du chaos, peur de ne rien comprendre, peur de souffrir et j’en passe.  Je vois tellement d’ignorance, de contradictions, d’incohérences, de violences, d’autoritarisme, de profiteurs.  Et aussi tellement de solidarité, de dévouement, d’endurance, de patience, de créativité. Ayant moins d’échappatoire dans ce face à face avec moi-même, je constate de manière encore plus nette mes attachements, mes naïvetés, mes besoins fondamentaux, mes aspirations, mes manques, mes croyances.  Que faire de tout cela ?

La peur s’est proposée comme guide. Et, comme à son habitude, elle m’a invitée à l’agressivité, envers les autres, envers moi-même, à fuir dans une course folle, à faire l’autruche. Alors encore une fois j’ai dû choisir de la laisser me traverser avec ses cris, ses pleurs et ses grincements de dents ; la laisser passer son chemin, et continuer le mien.  Eprouver la peur est une sensation si désagréable, mais présente un avantage : elle fait battre le cœur plus vite, cela déploie une certaine énergie. A moi de voir à quoi l’employer. Démolition ? Construction ? Transformation ?

Situation financière en péril, projets suspendus,  avenir inconnu, le déroulement de la vie m’échappe.

Oui, ce virus est en train de me soigner. Il me guérit d’illusions, d’attachements, de confusions, de maitrises. Il m’apprend à  grandir encore, à  aller chercher de nouvelles ressources, à déployer de nouvelles forces, à faire du tri, à faire des choix, à dire oui à ceci ou stop à cela. Il m’apprend, encore mieux, toujours plus, à accepter la vie telle qu’elle est : indomptable, mortelle, intransigeante, imprévisible, créatrice. Il met à l’épreuve ma liberté intime et profonde d’être ce que je suis au-delà des masques que je porte.